La vision de la peinture de Pierre Salvan conduit au questionnement récurrent : cette peinture a-t-elle un sens ? A-t-elle une signification ?
Ma réponse rejoint celle de l’un des plus grands peintres de l’art abstrait, Pierre Soulages : « Une toile est ce lieu où viennent se faire et se défaire
des sens. Elle n’a d’autre rôle que de provoquer une émotion, laquelle suscitera en nous ce qu’elle trouvera bon d’engendrer. »

Un examen attentif m’a amené à ce sentiment que les peintures de Pierre Salvan seraient en première instance des espaces d’indétermination,
c’est-à-dire des lieux où s’expriment tous les possibles des traits et tracés (...). Mais en même temps s’exprime avec force le caractère affirmé et déterminé d’une présence inscrite au creux de ces traits et signes. Figures nées d’un geste primordial, créateur et innovant.
Restant toujours immergé dans ces paysages « d’indétermination » me vient alors que cet indéterminé est le cœur et l’intime du libre, de la liberté.
Pierre Salvan, à son insu même, a mis en peinture et révélé dans sa picturalité l’idée de l’existence d’une liberté originelle qui nous habite et nous constitue, hors de toutes les conformités.

Sa peinture est de fait figurative ! Elle met au clair l’imagerie qui habite notre inconscient. Une imagerie présente et permanente mais qui ne surgit qu’à son gré comme tout ce qui touche à l’involontaire ou au spontané.
Ni représentative, ni narrative sa peinture est celle de l’évocation, elle est le langage pictural direct, celui qui est à même de nous dire, comme la musique l’au-delà des mots.


Claude Chameroy
Grenoble le 25 mars 2010.